Église Saint-Martin — Biriatou
Au sommet du village perché de Biriatou, entre les premiers contreforts des Pyrénées et la vallée de la Bidassoa, l’église Saint-Martin domine le paysage depuis sept siècles. Entourée de son cimetière aux stèles discoïdales basques, adossée au fronton et à la mairie dans ce carré si typiquement basque, elle est inscrite aux Monuments Historiques et figure parmi les joyaux patrimoniaux du Pays Basque.

Sept siècles d’histoire frontalière
L’église Saint-Martin apparaît pour la première fois dans les archives religieuses en 1305, sous le nom de Saint Martin de Biriato. Elle est alors annexe du prieuré de Subernoa, avant que Biriatou, à l’origine simple quartier d’Urrugne, ne devienne une commune indépendante en 1603.
Sa position frontalière sur la rive droite de la Bidassoa en a fait le témoin et la victime de toutes les convulsions de l’histoire. L’édifice a subi quatre occupations espagnoles dévastatrices : en 1525, 1636, 1793 et 1813. Lors de la Révolution française, elle fut même réquisitionnée comme écurie. À chaque fois, les habitants de Biriatou l’ont relevée, restaurée, rendue au culte, une ténacité qui dit tout de l’attachement profond de cette communauté à sa foi et à son patrimoine. C’est finalement vers 1830 qu’elle est rendue définitivement au culte catholique, et en 1852 que l’édifice est quasi entièrement reconstruit (la date est inscrite sur le clocher). Les tribunes intérieures, elles, ont été refaites en 1882.
Un chef-d’œuvre de l’architecture basque rurale
Construite en grès rose local, l’église Saint-Martin est un bâtiment rectangulaire sobre et puissant, pourvu d’un clocher-porche à l’ouest et d’un second porche au nord, où se trouvait autrefois la maison communale. À l’intérieur, deux niveaux de tribunes en bois encadrent la nef dont le plafond lambrissé est peint, une atmosphère authentique, intacte, qui transporte le visiteur dans le Pays Basque d’autrefois.
Le retable et l’autel de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle sont inscrits à l’Inventaire des Monuments Historiques au titre des objets mobiliers.
Le cimetière aux stèles discoïdales
L’un des trésors les plus singuliers de Saint-Martin est son cimetière, qui enserre l’église de toutes parts. Contre la façade nord, une douzaine de stèles discoïdales, ces tombes circulaires si caractéristiques du Pays Basque, sont rangées en témoins silencieux des anciennes coutumes funéraires. Elles sont une fenêtre ouverte sur des siècles de vie basque, de croyances et de mémoire collective.
L’église et la Résistance
En décembre 1943, l’église Saint-Martin fut mêlée à l’un des épisodes les plus émouvants de la Seconde Guerre mondiale à Biriatou. Dans la nuit du 23 au 24 décembre, sept membres du réseau d’évasion Comète tentèrent de traverser la Bidassoa en crue pour rejoindre l’Espagne. Deux d’entre eux, le comte Antoine d’Ursel et le sous-lieutenant américain James F. Burch ,périrent noyés. Les Allemands exposèrent leurs corps sous le porche de l’église pour intimider la population. En réponse, les habitants de Biriatou recouvrirent silencieusement les dépouilles d’un monticule de fleurs. Un acte de résistance et d’humanité gravé à jamais dans la mémoire du village.
Biriatou, escale du GR10 et du Camino
Biriatou est aujourd’hui connue bien au-delà de ses 400 habitants grâce à sa position sur le tracé du GR10, le grand sentier de randonnée qui relie l’Atlantique à la Méditerranée le long des Pyrénées, et aux itinéraires du Chemin de Compostelle. Des randonneurs du monde entier y font étape, et beaucoup poussent la porte de Saint-Martin pour un moment de silence et de recueillement avant de reprendre la marche.
La fête de la Saint-Martin
Chaque année, en novembre, Biriatou célèbre les fêtes patronales en l’honneur de Saint Martin de Tours, né vers 316 et mort à Candes en 397. Une célébration eucharistique rassemble la communauté, dans la tradition vivante d’un village attaché à ses racines basques.
